Les comtes de Ceccano

 

Les origines

 

Les historiens ne sont pas d'accord sur l'origine de la maison de Ceccano.

 

L'historien allemand Ferdinand Gregorovius attribue à la famille une origine allemande : «[...] entre les monts Volsci se distinguait la dynastie, patronne de ces terres à partir d'une époque très ancienne, des comtes de Ceccano, renommée même dans l'Église à cause de ses richesses et dignité. Ils étaient puissants déjà avant l'ascension des Colonna ; au temps d'Henri IV l'un de ses ancêtres, Grégoire, est déjà mentionné avec le titre de comte. L'origine allemande de la dynastie est témoignée par les noms qu'on rencontre dans la famille : Guy, Landolphe, Godefroy, Berald, Renaud [...]»Traduit de l'italien d'après le livre "Storia della città di Roma nel Medioevo" de F. Gregorovius, vol.II, Torino, Einaudi, 1973, pp. 1168-1169.  Voir aussi G. Tomassetti, "Della Campagna romana nel Medio Evo", en Archivio della Regia Società romana di storia patria, VIII(1885), p. 435

 

D'un autre avis est le grand historien Don Michelangelo Sindici, qui fait descendre les comtes du noble Petronio Ceccano, celui qui donne aussi son nom à la ville :
«[...] comme nous l'avons prouvé, au VIIe siècle vivait Petronio Ceccano consul et comte de la Campagna, duquel Ceccano prit sa dénomination actuelle [...]»Traduit de l'italien d'après le livre, "Ceccano, L'Antica Fabrateria" de M. Sindici, Bologna, Atesa Editrice, 1984 (ristampa anastatica dell'edizione della tipografia Befani di Roma del 1893), p.123

 

Dans le testament de 1348 du cardinal Annibal de Ceccano, d'ailleurs, s'affirme déjà que le nom de Ceccano est le seul vrai nom de la famille :
« de genere nostro de Ceccano… »d'après "Le cardinal Annibal de Ceccano (vers 1282-1350) : étude biographique et testament du 17 juin 1348" de M. Dykmans Bruxelles - Rome, Academia Belgica, 1973, p. 288, linea 79 (Extrait de: Bulletin de l'Institut historique Belge de Rome, Fasc. 43/1973, pp. 146-344)

  

 

La comté des de Ceccano

 

La famille de Ceccano arriva à constituer une vaste domination dans les territoires de la Campagna, entre les monts Ernici e Lepini, arrivant jusqu'à ceux de la Marittima. L'extension du territoire est connue grâce au testament du comte Jean, rédigé en 1224. En celui-ci on lit que la famille possédait non seulement Ceccano mais aussi des châteaux à Arnara, Patrica, Cacume, Monte Acuto, Giuliano, Santo Stefano, Pisterzo, Carpineto, Montelanico, Maenza, Rocca d'Asprano, Prossedi et profitait de droits de propriété à Alatri, Frosinone, Torrice, Ceprano, Priverno, Sezze et Ninfa.

  

In primis iure institutionis relinquimus Landulfo filio nostro castra videlicet Ceccanum, Arnariam, Patricam, Cacumen, Montem acutum, Iulianum, Sanctum Stephanum, Postertium, Carpinetum et totum quod in castro Mecellanici habemus cum hominibus, servitiis, silvis, viis, itineribus, montibus, pascuis, cultis et incultis et omnibus pertinentiis et tenimentis ad predicta castra pertinentibus et ea omnia que habemus in civitate Alatri, Castris scilicet Frusinone, Turrice et Ceprano et eorum territoriis et tenimentis. Item relinquimus iure institutionis Berardo altero filio nostro, castra scilicet Magentiam, Roccam, Aspranam et Stoxeum, cum hominibus, servitiis, silvis, viis, itineribus, montibus, pascuis, aquis, cultis et omnibus pertinentiis et tenimentis ad predicta castra pertinentibus et omnia que habemus in Piperno, Setia, Nimpha et eorum territoriis et tenimentis. TRADUCTION : Avant tout, pour le droit institutionnel, nous laissons à Landolphe, notre fils, les châteaux. C'est à dire : Ceccano, Arnara, Patrica, Cacume, Monte Acuto, Giuliano, Santo Stefano, Pisterzo, Carpineto et tout ce que nous possédons à Montelanico, hommes, services, forêts, rues, droits de passage, monts, pâturages, les terrains cultivés ou incultes, avec les appartenances et propriétés relatives et tout ce que nous possédons dans les villes d'Alatri, Frosinone, Torrice, Ceprano et dans leurs territoires. D'après la loi, nous laissons à Berard, un autre fils des nôtres, Maenza, Roccasecca, Asprana et Prossedi, avec hommes, services, forêts, rues, droits de passage, eaux, cultures et tout ce que nous possédons dans les villes de Priverno, Sezze, Ninfa et dans leurs territoires.

 

Le 19 août c'est Landolphe II, fils aîné de Jean, qui dicte ses dernières volontés et partage son patrimoine parmi ses nombreux fils.

 

Cui domino Iohanni reliquit tertiam partem pro indiviso tam Ceccani quam Carpineti et Arenarie, reliquit etiam eidem Patricam, Cacumen et Postertium. Domino autem Anibaldo predicto reliquit aliam tertiam partem pro indiviso tam Ceccani, tam Carpineti et Arenarie, reliquit etiam sibi Fullanum, Montemacutum, Magentum, Roccam Dompneburge, et Aspranam. Dominis vero Guillelmo, Riccardo et Raynerio predictis reliquit communiter inter eos aliam tertiam castrorum predictorum videlicet Ceccani, Carpineti et Arenarie quas tertias ipsis domino Guillelmo, Riccardo et Raynerio reliquit quantum ad usumfructum, in vitam eorum tantum... TRADUCTION : À Jean il laisse la troisième partie de Ceccano, de Carpineto et d'Arnara, en plus de Patrica, Cacume et Pisterzo. À Annibal il laisse l'autre troisième partie de Ceccano, d'Arnara et de Carpineto, en plus de Giuliano, Monteacuto, Maenza, Roccagorga et Asprana. À Guillaume, Richard et Renaud il laisse, en commun parmi eux, la dernière troisième partie de Ceccano, Arnara et Carpineto, en usufruit le long de leurs vies.

 

Item reliquit Prossedum ad voluntatem et mandatum predicti dominus cardinalis dividendum inter heredes suos masculos predictos […] Item reliquit iam dicte domine Maccalone uxori sue Castrum Sancti Stephani de Valle, quod obligatum tenet ipsa domina pro dotibus suis...TRADUCTION : Il laisse Prossedi à la volonté et au mandat du cardinal Richard, à partager parmi ses héritiers mâles […] Il laisse à Maccalona, sa femme, le château de Santo Stefano della Valle (aujourd'hui Villa Santo Stefano).  

 

 

Les représentants illustres

 

Les premières notices historiques sur les comtes de Ceccano remontent au XIe siècle. Dans la Chronica Cassinese, l'autre nom des Annales Ceccanenses, on lit qu'en 1015 les comtes Hubert et Aimé donnent l'église de San Pietro ad Iscleta, située dans le territoire de Ceccano, au monastère du Mont Cassin.

 

…hoc tempore oblata est in hoc monasterio ecclesia Sancti Petri ad Iscleta in Campania territorio ciccanense cum maximis circa possessionibus ad Hubberto et Amato comitibus Ciccani et Signiae...TRADUCTION: En ce temps-là à ce monastère (monastère du Mont Cassin) fut donnée par Hubert et Aimé, comtes de Ceccano et de Segni, l'église de Saint Pierre ad Iscleta, située en Campagna, dans le territoire de Ceccano, avec beaucoup de possessions dans les alentours.


À partir du XII-XIIIe siècle, par conséquence du croissant rôle politique joué par les de Ceccano, les informations augmentent et rendent possible le rétablissement de l'arbre généalogique de la famille.


Une des sources historiques principales est constituée par les Annales Ceccanenses, une chronique des événements de la famille de Ceccano jusqu'à 1217. L'auteur de l'œuvre est inconnu ; selon l'historien Pertz, éditeur du texte, elle fut composée par Benoît, notaire du comte Jean.


Plusieurs personnages de la famille de Ceccano ont joué des rôles prestigieux dans l'Église, par exemple les cardinaux Grégoire, Jordan et Stéphane.

 

 

 

Les cardinaux Jordan et Stéphane de Ceccano

 

Moine, puis abbé du monastère de Fossanova, Jordan fut nommé cardinal en 1188 par Clément III, charge que lui vint attribuée grâce à sa fidélité à l'Église dans la défense de certaines forteresses de la Campagna. Pendant le pontificat de Clément III il occupa la charge de Légat Apostolique en France et Allemagne. À Ceccano Jordan soutint la reconstruction de l'église de Santa Maria a Fiume, par lui consacrée en 1196 à la présence de tous les évêques de la province de Marittima et Campagna.

 

Le cardinal Stéphane, lui aussi moine et abbé de Fossanova, fut camerarius (camerlingue) du Pape Innocent III.
Les auteurs de la Vita di San Domenico, dans De probatis sanctorum historiis (7 voll., 1576-81), nomment le cardinal Stéphane à propos d'un miracle accompli par le Saint. Dominique, après avoir célébré la Messe dans l'église de S. Sisto située le long de la Via Appia, selon la légende ressuscita un chevalier mort à cause d'une chute de cheval juste en ce moment et en ce lieu. Le chevalier s'appelait Napoléon des comtes de Ceccano et c'était le neveu du cardinal Stéphane, là présent. Ce miracle est célébré par un fresque dans l'église des S. Domenico et Sisto à Rome dans lequel le cardinal même est représenté. Stéphane fonda l'église de l'abbaye de S. Galgano à Sienne et, dans les alentours, une petite chapelle dédiée à Notre Dame de la Ronde, dans laquelle on peut admirer l'image du cardinal en prière devant la Vierge avec une ancienne inscription : STEPHANO DE CECCANO EX MONACHO CISTERCIENSI S.R.E. CARDINALI PIISSIMO.  Il mourut à Rome en 1227 et il fut enseveli dans l'église de Santa Maria Maggiore.  

 

 

 

Jean de Ceccano

 

Fils de Landolphe et de Madame Egidia, mentionnée dans les Annales Ceccanenses à propos de son pèlerinage a Saint-Jacques-de-Compostelle, le comte Jean se prodigua pour consolider et étendre les propriétés de sa famille. En effet, pendant sa domination, entre la fin du XIIe siècle e le début du XIIIe, les de Ceccano furent à la tête d'un domaine vaste et puissant.

 

Jean fut un personnage très influent, capable de défendre les intérêts de sa maison dans une période caractérisée par l'opposition de forces différentes comme l'Empire, la Papauté et les nombreuses autonomies locales.  

 

En 1190 il fut investi chevalier. En 1201 il jura fidélité à Innocent III en reconnaissant de tenir Ceccano et toutes ses propriétés par compte de l'Église Romaine; le Pape le récompensa avec l'assignation de la ville de Sezze en redevance féodale.

 

Quelques années après, à l'occasion de la visite d'Innocent III à Anagni, Jean partit à la rencontre du Pape pour l'escorter avec cinquante chevaliers  dans ses possessions jusqu'à la ville de Giuliano. Jean avait organisé dans le château de Giuliano des fêtes solennelles, des jeux et un riche banquet, tout cela raconté dans les Annales Ceccanenses

 

Celebrato festo ascensionis Domini Innocentius papa III. egressus Roma venit Anagniam; 16. Kal. Iulii egressus Anagniam invenit domnum Iohannem de Ceccano cum 50 militibus pulcherrime praeparatis ad Alatrum ad conducendum et ludendum coram domno papa usque ad fontem castri Iuliani, ubi inventus est clerus totius terrae domni Iohannis de Ceccano, paratus ad processionem usque intro castrum Iuliani. Ante ianuam ecclesiae domnus Albertus Ferentinus episcopus cum clericis de Ceccano honorifice paratis et indutis vestibus ecclesiasticis, recepit domnum papam, cantando responsorium: Tua est potentia. Finita apostolica benedictione, unusquisque rediit ad propria hospitia, clerici de Ceccano redierunt ad papilionem; extra castrum honorifice praeparatus fuerat eis cibus. Ministri domni papae et cardinalium et aliorum clericorum et laycorum receperunt cibaria honorifice et abundanter pro suo velle in platea, in pane et vino et porcis, in vaccis. in castratis in haedis, in porcellis, in gallinis, in anseribus, in pipere, in cinnamono, in sophrana, in cera, in hordeo et in herba. Post nonam usque in hora coenae cum suis militibus domnus Iohannes de Ceccano in praesentia domni papae iocavit burbudando. Feria tertia alio die domnus papa ivit Pipernum, et cornedit ibi et dormivit; et domnus Iohannes de Ceccano cum toto comitatu suo similiter Pipernum ivit...TRADUCTION: La fête de l'Ascension du Seigneur célébrée, le pape Innocent III, sorti de Rome, vint à Anagni. Arrivé à Anagni le 16 Juin il rencontra le seigneur Jean de Ceccano près d'Alatri avec cinquante chevaliers richement habillés pour accompagner en fête le Pape jusqu'à la fontaine du château de Giuliano, où se trouva le clergé de tout le domaine du seigneur Jean de Ceccano, prêt pour la procession jusque dans le château de Giuliano. Devant la porte de l'église le seigneur Albert, évêque de Ferentino, avec les représentants du clergé de Ceccano, préparés et habillés avec des fastueux habits ecclésiastiques, accueillit le Pape, en chantant le répons "Tua est potentia". La bénédiction apostolique conclue, chacun se retira dans son logement, les clercs de Ceccano se retirèrent dans une tente ; hors le château on avait préparé pour eux un repas plantureux. Les ministres du Pape, des cardinaux, des autres clercs et laïques furent servis honorablement et richement, selon leurs désirs, de pain, vin, viande de porc ou de bœuf, mouton, porcelets, poulets, canards, poivre, cannelle, safran, cire, orge et légumes. À partir de trois heures jusqu'à l'heure du diner le comte Jean de Ceccano avec ses chevaliers organisa carrousels et tournois à la présence du Pape. Le jour après le Pape alla à Priverno et là il mangea et dormit ; le seigneur Jean de Ceccano aussi alla à Priverno avec sa suite…

 

 

En 1216 Jean poursuivit et battit Roger de l'Aquila, comte de Fondi, coupable d'avoir dévasté les campagnes autour de Ceccano, emprisonnant Robert de l'Aquila, oncle de Roger, avec soixante-dix soldats et ramassant un riche butin. Pendant la même année Jean se vengea de Thomas, comte de Supino, allié à Roger de l'Aquila, en brûlant son château de Morolo et en tuant plus de quatre cent individus. Plusieurs personnes furent amenées comme prisonnières à Ceccano, y compris Odon Colonna et sa sœur Mabilia (épouse de Thomas) avec sa fille. Pour racheter sa femme et sa fille, Thomas paya au comte Jean une somme considérable, en plus il fut obligé de devenir son vassal et de lui livrer son fils Robert en otage.

 

 

1216. 10. Kalendas Iunii tempore domni Innocentii III. papae venit comes Rogerius de Aquila cum exercitu suo in territorio Ceccano, devastavit segetes Sanctae Mariae Fluminis, et incendit ei unam molam et duas molas Sancti Clementis; et sic rediendo hospitatus est in territorio Castri. Alio die coepit reverti Fundum, et domnus Iohannes de Ceccano insecutus est eum, invenit eum in territorio castri Vallisersae, praevaluit super eum; fugatus est comes, et domnus Iohannes cepit de exercitu suo Robertum de Aquila patruum comitis cum 70 militibus electis et aliis hominibus...TRADUCTION: Le 23 Mai au temps du Pape Innocent III le comte Roger de l'Aquila vint avec son armée dans le territoire de Ceccano, dévasta les blés de Santa Maria a Fiume, brûla un moulin des siens et deux moulins de San Clemente ; puis, retournant en arrière, il séjourna dans le territoire de Castro. Le jour après il retourna à Fondi et le comte Jean de Ceccano le poursuivit, le rattrapa dans le territoire du château de Vallecorsa et le battit ; le comte fut chassé et Jean emprisonna avec son armée Robert de l'Aquila, oncle du comte, avec soixante-dix chevaliers et des autres hommes… 

3. Kal. Augusti die sabbati castrum Moroli per fortiam domni Iohannis de Ceccano captum est et combustum. Captus est ibi Oddo Novellus de Columna cum undecim suis militibus, et soror eius Mabilia cum quadam filia sua ducti sunt in captionem apud Ceccanum. Peccatis exigentibus de castro Moroli 424 capita tam virorum quam mulierum, tam senum quam parvulolum combusta sunt. Omnes autem reliqui milites et layci redacti sunt sub potestate et fidelitate domni Iohannis de Ceccano sacramento. Domnus Thomas de Supino dolens et tristans dereliquit Campaniam comitis Rogerii de Aquila. et dedit domno Iohanni de Ceccano 1000 libras proveniensium et fecit se fidelem cum sacramento in sempiternum domno Iohanni de Ceccano, et dedit ei filium suum obsidem ad fidelitatem et veritatem conservandam. Domnus Iohannes de Ceccano primo loco reddidit domno Thomae uxorem suam cum filia; domnum Oddonem de Columna cum suis militibus dedit in potestate domni Iohannis cardinalis de Columna. TRADUCTION : Le 22 Juillet, un samedi, le château de Morolo fut occupé et brûlé par le comte Jean de Ceccano. Odon Nouvel Colonna avec onze soldats et sa sœur Mabilia avec sa fille furent capturés et conduits comme prisonniers à Ceccano. Suivant les dispositions de la peine, 424 personnes du château de Morolo, hommes et femmes, vieux et jeunes, furent brûlés. Tous les autres, par contre, militaires ou civils, furent soumis par un serment de fidélité à Jean de Ceccano. Thomas de Supino, désolé et triste, laissa l'alliance avec le comte Roger de l'Aquila, donna à Jean de Ceccano mille livres de sous, jura de rester toujours fidèle au comte Jean et lui donna en otage son fils en gage de sa fidélité. Jean de Ceccano tout d'abord restitua à Thomas sa femme et sa fille, puis il laissa au cardinal Jean Colonna le pouvoir sur Odon Colonna et ses soldats. 

 

 

Jean fut généreux envers l'Église ; il fit bâtir à Carpineto et Segni un grand oratoire pour honorer S. Thomas de Cantuaria, en plus il fit des considérables donations à l'église de Santa Maria a Fiume à l'occasion de la solennelle consécration par son oncle, le cardinal Jordan. Les Annales Ceccanenses racontent d'un fait bizarre arrivé pendant la consécration de l'église. Jean n'était pas présent parce que il était malade, cependant il arriva après le sermon du cardinal provoquant l'étonnement de toutes les personnes présentes qui pensèrent à une guérison miraculeuse. À l'église de Santa Maria a Fiume le comte Jean reconnut la Carte d'Immunité, document à travers lequel on donnait le droit d'asile.

 

 

Nondum finito sermone ecce domnus Iohannes de Ceccano, qui graviter infirmabatur in domo sua, advenit sanus intus in ecclesiam; quod videntes omnes homines, pro maximo miraculo recipientes, et quasi per mediam horam stupendo cum ingenti voce gratiarum laudaverunt et benedixerunt Dominum, qui vivit et regnat in coelis.TRADUCTION: Le sermon n'était pas encore terminé et voilà le comte Jean de Ceccano, qui était resté gravement malade chez lui, se présenta sain dans l'église ; en voyant cela, tous les hommes, estimant qu'un grandiose miracle s'était produit et s'émerveillant pendant une demi-heure, remercièrent à voix haute, louèrent et bénirent le Seigneur, qui vit et règne dans les cieux. 

 

La date de mort du comte est inconnue ; peut-être il mourut entre 1224, date de son testament, et 1227. On peut fixer ces extrêmes chronologiques en raison d'un document officiel de Pape Grégoire IX, daté 16 avril 1227, qui parle de Jean en supposant qu'il n'était plus vivant (bonae memoriae Iohannes de Ceccano…)
 

 

 


Annibal IV de Ceccano

 

Annibal IV, personnalité influente dans l'Église du XIVe siècle, a été un des représentants plus importants de la noble maison de Ceccano. En tant que fils de Bérard II et de Perna Caetani Stefaneschi, il était le neveu du fameux cardinal Jacopo Stefaneschi. Dans les années '20 du XIVe siècle Annibal était très célèbre comme théologien et professeur à la Sorbonne à Paris. Il ne faut même pas oublier son amitié avec Francesco Petrarca et Giotto, auquel il confia des travaux pour l'église de Santa Maria a Fiume à Ceccano.   
En 1326 Annibal fut élu archevêque de Naples, puis l'année d'après il fut élu cardinal prêtre de S. Lorenzo in Lucina à Rome et en 1332 cardinal évêque de la diocèse suburbicaire de Tuscolo. Il avait aussi des nombreux bénéfices et prébendes dans plusieurs diocèses françaises, anglaises et hollandaises. Annibal était aussi un mécène, comme témoigné  par la commende à Simone Martini des fresques pour la cathédrale de Notre-Dame-des-Doms à Avignon en 1340 dans lesquelles le cardinal même est représenté.
En tant qu'excellent diplomate, Annibal fut souvent envoyé par le Pape en mission auprès des cours des souverains d'Europe avec la charge de résoudre les controverses en place. Parmi ses opérations plus remarquables il faut mentionner une tentative de médiation entre Angleterre et France pendant la Guerre des Cents Ans, conflit décisif pour l'histoire de l'humanité, où le cardinal réussit malgré les difficultés à obtenir une petite trêve.
Pendant la période de la "Captivité Avignonnaise" (1309-1377) Annibal fut nommé par le Pape Clément VI son représentant à Rome pour inaugurer le Jubilé de 1350. Pour l'occasion il fut doté de pouvoirs exceptionnels, comme le droit d'habiter dans le Palais du Pape, utiliser le cérémonial pontifical, nommer les chevaliers, enlever et imposer l'Excommunication. Sa décision de réduire les jour de permanence des pèlerins à Rome pour obtenir l'Indulgence n'eut pas du succès, tant est vrai que le cardinal risqua la mort à cause d'un attentat. Annibal eut même la tache de s'occuper du problème constitué par Cola di Rienzo, un révolutionnaire qui cherchait de restaurer la République dans la ville de Rome, meurtrie par le conflits entre Papes et Barons.
C'est à ce personnage que la mort du cardinal est imputée. Annibal mourut subitement, peut-être à cause d'un empoisonnement, pendant son voyage à Naples. Ses  dépouilles mortelles furent posées à San Pietro à Rome chez l'autel que son oncle Jacopo Stefaneschi avait réservé pour tous les deux, comme témoigné dans l'inventaire de Tiberio Alfarano. Ce personnage, prêtre, lettré et historien de l'art, fut l'auteur au XVIe siècle d'une minutieuse reconstruction planimétrique de l'ancienne basilique de S. Pietro à Rome et des édifices annexes. Dans la planimétrie d'Alfarano on peut voir chez l'autel n.87 le tombeau de Jacopo Stefaneschi dans lequel son neveu Annibal IV fut aussi enseveli.  
À Avignon est encore en place sa résidence, la Livrée Ceccano, qui héberge une des bibliothèques plus importantes de France, où se trouvent des témoignes sur son blason.
Le manuscrit original du testament d'Annibal, rédigé le 17 juin 1348, est conservé dans les Archives Départementales de Vaucluse à Avignon (Avignon, Arch. Dép. Vaucluse, H, Célestins de Gentilly, n.6). Le texte s'ouvre avec les dispositions pour ses obsèques et les messes commémoratives, pour officier lesquelles il laisse une considérable somme d'argent. Des legs importants sont aussi destinés à l'église de Santa Maria a Fiume à Ceccano, où il avait fait bâtir deux chapelles, et aux églises de San Nicola et San Giovanni. Le testament prévoit aussi une somme pour la construction d'une église avec couvent à confier au Frères Mineurs, sur un terrain de propriété de son frère Jacques. À signaler enfin des donations de parements sacrés à Santa Maria a Fiume et une somme d'argent pour la Sorbonne de Paris.
À partir de Juin 2003 dans le centre historique et dans le château de Ceccano revivent les vicissitudes du cardinal Annibal grâce à l'annuel Corteo Storico (cortège historique) promu par le Lycée Scientifique "M. Filetico" de Ceccano et par la Mairie de Ceccano, un défilé de plus de quatre cents personnages qui évoque la rencontre entre Annibal IV et son frère Thomas II, comte de Ceccano, en 1350. 

  

 

Les Annales Ceccanenses 

 

Ils sont même connus avec le nom de "Chronicon Fossae Novae" et il racontent minutieusement les avènements journalières de presque 150 ans de l'histoire de la ville de Ceccano. Le manuscrit original, conservé jusqu'à 1600 environ à Fossanova, est perdu. Cette copie fut utilisée par Cesare Baronio pour la rédaction de ses Annales Ecclesiastici, mais actuellement les Annales Ceccanenses survivent en deux seuls manuscrits : le ms I.42 de la Biblioteca Vallicelliana de Rome, copié de sa propre main par Benedetto Conti de Sora en 1600 ; il y a aussi le ms II.D.17 de la Biblioteca Brancacciana de Naples, copié à partir de l'exemplaire de Rome par Camillo Tutini.  
Le contenu de l' œuvre, même si lacuneux, fut édité pour la première fois par Ferdinando Ughelli dans l'Italia Sacra (1717-1722) ; successivement le texte fut corrigé et intégré par Giovanni Battista Caruso et puis par Ludovico Antonio Muratori qui l'ajouta à son œuvre Rerum Italicarum Scriptores (1723-1738). Des autres interventions critiques, fondées sur les comparaisons entre les deux manuscrits existants, furent faites par Giuseppe Del Re, alors que Georg Heinrich Pertz publia les Annales dans son œuvre Monumenta Germaniae Historica (premier tome 1826) . L'auteur de la chronique est inconnu ; pendant le cours des années les savants ont mis en place plusieurs hypothèses mais il n'y a pas encore d'unanimité.
La narration, qui concerne surtout les intérêts du monastère de Fossanova, commence par la naissance de Jésu Christe et s'interrompt en 1217. Jusqu'à l'an Mil il y a des petites annotations, puis le discours s'élargit et on peut trouver des informations sur les de Ceccano. À partir de 1187, en effet, on trouve le nom de Jordan abbé de Fossanova et plusieurs détails sur la famille de Ceccano qui était en train de gagner de plus en plus du pouvoir politique. 

 

 

1859